Le blog catholique Aleteia et le Motu Proprio
Summorum Pontificum 1 août 2021


Le blog catholique Aleteia a consacré plusieurs articles au nouveau Motu Proprio Traditionis Custodes. Timothée Dhellemmes a interrogé l’abbé Louis le Morvan, FSSP sur le Motu Proprio et les réactions des communautés et fidèles attachés à la messe traditionnelle.
Comment le vivent les fidèles attachés au rite tridentin ?
Je pense qu’ils sont inquiets, meurtris, et fortement sur la défensive… N’oublions pas que nous vivons tous dans une société moins sensible à l’argument d’autorité qu’autrefois, d’autant plus qu’elle est fatiguée par les errements d’autorités religieuses ou civiles qui ne cessent de revenir sur ce qui avait été indiqué autrefois comme bon. Cela fait que tous ceux qui sont amenés à exercer l’autorité doivent, bien plus qu’autrefois, exposer leur raisonnement en même temps que leur décision.
D’ailleurs, le pape François a jugé utile d’expliquer ce motu proprio dans une lettre, mais le raisonnement convainc peu puisque de notre côté les hypothèses ne nous semblent pas fondées. Donc il en ressort la désagréable impression d’être tous punis sans distinction de culpabilité, avec une perte de stabilité canonique (un retour en arrière de trente ans) et cela risque d’engendrer ce qui se passe souvent dans ces cas-là : des réactions épidermiques et des ruptures, et une atténuation de l’amour filial que nous devons au Saint-Père. Bref, le contraire, je pense, de l’unité dans la Foi et la Charité qui est le mandat confié au vicaire du Christ.
Notons d’ailleurs que la lettre d’accompagnement du Pape concerne également la célébration de la messe selon le missel de Paul VI, où il évoque des « abus liturgiques à la limite du supportable » et autres fantaisies. Nous espérons que la même attention sera apportée pour y remédier.
Pensez-vous que ce motu proprio programme à terme la fin de l’utilisation du missel de saint Jean XXIII ?
Le Saint-Père estime que les fidèles catholiques « enracinés » dans le missel antique ont simplement besoin de temps pour « revenir » au missel de 1970. Personnellement, je pense que cela n’est pas réaliste. Au contraire, les dernières années ont montré que les racines dont il parle sont profondes et nourrissantes pour l’âme des fidèles qui vivent du Christ par la forme extraordinaire, ils ne sont pas près d’y renoncer. Et si l’on aborde la question juste d’un point de vue statistique, ces authentiques chrétiens conservent généralement bien leur pratique religieuse durant leur vie, la transmettent aux générations suivantes et sont des apôtres de Jésus, ce qui explique le fort développement tant de communautés sacerdotales et religieuses que du simple nombre de fidèles laïcs, anciens enfants biberonnés à la forme extraordinaire ou adultes provenant de la forme ordinaire. Le Pape s’attend visiblement à ce qu’à terme, l’usage du missel ancien s’éteigne. Je ne pense pas que cela se produira. Notons d’ailleurs qu’il ne l’interdit pas plus que ses quatre prédécesseurs et rappelle même qu’il n’a jamais été abrogé. Notre droit de l’utiliser demeure, mais la possibilité d’en faire profiter le peuple de Dieu se complique humainement.