Une réflexion sur l’après-François
Jean-Marie Vaas 12 juillet 2021


L’article est intéressant. Traduit par Benoît & moi, il vient d’un blog argentin, The Wanderer, particulièrement critique à l’égard du pontificat actuel. Il dresse quelques esquisses sur “l’ère post-Bergoglio”. L’auteur estime que paradoxalement, la crise actuelle est l’occasion de constater l’impasse du progressisme et l’échec de la démarche conciliaire. Il tire quelques constats.
Tout d’abord, concernant Vatican II et l’échec de l’Église conciliaire, il estime que François a agi comme “un grand immunisateur”.
C’est précisément pour cette raison que le pape François s’est comporté comme un grand immunisateur, c’est-à-dire comme un vaccin capable de neutraliser tout variant progressiste à l’avenir, puisque nous savons déjà comment cela se terminera ; le pape argentin a « brûlé » le progressisme, il a révélé en quoi consiste l’expérience d’assimilation de l’Église au monde avec ses ouvertures et ses ponts : en une Église fanée, en un sel qui a perdu sa saveur, en une terre de désolation où les courants d’un vent glacial soufflent sur les ruines de couvents vides, d’écoles et d’universités catholiques qui ne le sont plus, de cérémonies vulgaires qui prétendent être sacrées et d’une caste sacerdotale vouée aux vices les plus abjects et les plus méprisables.
Mais si Vatican II est un échec patent, il faut aussi l’oublier:
Il s’agit, je pense, d’une situation évidente que seul le progressiste le plus aveugle ou le plus stupide peut nier. Il faut le dire et le redire : Vatican II a été un échec et il est inutile de continuer à faire semblant de l’appliquer et de continuer à en respirer l’esprit qui, au lieu d’être un air sain et renouvelé, s’est révélé être du gaz moutarde. Je n’exige pas, bien sûr, que tous les documents soient brûlés lors d’une cérémonie solennelle sur la place Saint-Pierre. La meilleure chose à faire avec eux est de se taire, de les laisser tomber dans l’oubli.
L’article estime aussi qu’il est impossible de revenir à ce que l’Église était avant les années 1960, car il y avait déjà des “problèmes graves et qu’il est insensé de prétendre refaire la cuisine dans la même soupe”:
Mais cette situation soulève une grande question : que se passera-t-il dans l’ère post-Bergoglio, qui sera aussi l’ère post-Vatican II ? L’indication des secteurs les plus traditionalistes sera certainement de revenir à ce que l’Église était avant les années 1960, une position à laquelle j’ai deux objections. La première est que l’Église a connu de nombreux problèmes graves et qu’il est insensé de prétendre refaire la cuisine dans la même soupe. Et on peut le dire avec certitude parce que ce sont précisément les dirigeants de cette Église qui nous ont embarqués dans cette catastrophe. Ceux qui ont levé la main avec joie, et applaudi avec fureur aux propositions préparées par Congar ou Rahner et présentées dans la salle du Conseil par le petit club des évêques progressistes, étaient plus de trois mille prélats du monde entier formés par cette Église que beaucoup voudraient revoir aujourd’hui. L’apparition de telles absurdités est un signe clair que quelque chose d’important ne fonctionnait pas. (…)
Ce retour en arrière est aussi impossible parce que l’on ne peut revenir au statu quo ante:
Ma deuxième objection à la prétention de faire revenir en arrière l’horloge de l’Église vient de la leçon que nous donne l’histoire : une fois que les catastrophes qui anéantissent les sociétés humaines sont terminées, il est impossible de revenir au statu quo ante. Après les guerres de religion, la paix de Westphalie du XVIIe siècle a dû dessiner une nouvelle carte et l’Europe n’est pas redevenue ce qu’elle était depuis près de mille ans. Après les guerres napoléoniennes, même de plein gré et avec des personnalités conservatrices comme von Metternich et Castlereagh, le Congrès de Vienne n’a pas réussi à revenir à l’Europe qui existait avant la Révolution française et les raids ultérieurs du Corse. Et le traité de Versailles, après la première guerre mondiale, avec l’aide de l’incapacité de ses protagonistes, en particulier le président Wilson, a détruit l’Europe traditionnelle, la remplaçant par un puzzle rationaliste qui n’a duré que quelques décennies.
L’article aborde aussi la démarche du prochain Pape:
L’Église, à la mort de Bergoglio, ne célébrera pas une conférence de la paix, mais un conclave, dont bien peu osent présager quoi que ce soit de bon, puisque ses protagonistes seront, pour la plupart, des cardinaux choisis par le pape défunt et créés à son image et à sa ressemblance, c’est-à-dire médiocres et incompétents. Cependant, la proximité de l’abîme peut les faire reculer. Mais reculer où ? Comment peut-on faire marche arrière dans des situations comme celle-ci ? Quel est l’objectif à fixer et comment y parvenir ? Le prochain pape devra être, en plus d’un saint, un homme d’une prudence raffinée, un stratège et un exécutant au tempérament de neurochirurgien.
Comment se fera ce redressement ?
Qui vivra verra, mais ce qui est notre devoir en ce moment – et j’insiste sur les heures cruciales que nous traversons, dont on nous demandera des comptes – c’est de prévoir quelles positions et quels bastions nous occuperons. Et dans ce panorama, chacun a des responsabilités : dans une mesure plus ou moins grande, nous sommes tous responsables. Les cardinaux qui conservent encore la foi catholique, ou les supérieurs des quelques congrégations et instituts religieux véritablement catholiques qui existent encore, n’auront pas le même rôle que les simples curés, ni celui des fidèles.
En parlant de la nécessité d’occuper des places fortes et de défendre des positions, je n’ai pas l’intention d’encourager les fantasmes militaristes ou de promouvoir des discours grandiloquents pour défendre la tradition. Tout cela a déjà suffisamment démontré que cela ne fonctionne pas dans les circonstances actuelles. Au contraire, ce qui s’est avéré vraiment efficace pour préserver et gagner des positions, ce sont les actions discrètes et planifiées qui évitent d’inutiles conflits sans renoncer à un seul iota des principes non négociables.